Réemploi des matériaux de construction en Suisse romande : pourquoi le réflexe change enfin
Sur un chantier, il reste presque toujours quelque chose.
Quelques paquets de carrelage après une rénovation. Des panneaux de bois achetés en trop. Une porte jamais posée. Des luminaires finalement remplacés par un autre modèle. Parfois même une machine ou du matériel de chantier qui ne servira plus.
Pendant longtemps, la solution la plus simple était de stocker le matériel « au cas où », puis de finir par le jeter quelques mois ou quelques années plus tard.
Mais en Suisse romande, cette manière de faire commence réellement à évoluer.
Des matériaux encore utilisables qui deviennent trop vite des déchets
Le secteur de la construction produit des volumes considérables de matériaux à traiter. Dans le canton de Vaud, l'État rappelle que les démolitions et transformations en Suisse génèrent chaque année plus de 10 millions de mètres cubes de déchets de chantier. Une grande partie peut être recyclée, mais le réemploi direct des éléments de construction reste encore relativement peu développé.
Et pourtant, entre un matériau « usagé » et un matériau « inutilisable », il y a une énorme différence.
Un lot de 15 m² de carrelage restant après un chantier peut parfaitement servir à une salle de bains.
Une fenêtre commandée dans la mauvaise dimension peut trouver preneur ailleurs.
Des panneaux, pavés, éléments sanitaires, éclairages ou équipements techniques peuvent parfois être utilisés immédiatement sans aucune transformation.
C'est justement là que le réemploi devient intéressant : éviter qu'un produit encore utile passe directement du chantier à la benne.
En Suisse romande, le mouvement s'accélère
Ce changement ne vient pas uniquement des particuliers ou de quelques entreprises sensibilisées.
Les collectivités commencent elles aussi à pousser clairement dans cette direction.
Dans le canton de Vaud, l'économie circulaire fait désormais partie des orientations prises pour le secteur de la construction. L'État a notamment prévu des mesures pour favoriser le réemploi des matériaux et l'utilisation de matériaux plus durables dans ses propres projets.
En 2025, le canton a également soutenu la création d'un Centre de compétences pour la durabilité dans la construction, destiné notamment à accompagner les professionnels autour du réemploi, de l'économie circulaire et des matériaux durables.
À Genève, la valorisation des matériaux de chantier est également développée depuis plusieurs années, notamment au travers du programme ECOMATGE et d'actions autour de l'utilisation de matériaux recyclés dans la construction.
Autrement dit : ce qui semblait encore assez marginal il y a quelques années entre progressivement dans les pratiques du bâtiment.
Le vrai frein n'est pas toujours le manque de matériaux
Le paradoxe est assez simple.
D'un côté, une entreprise possède du matériel qu'elle aimerait évacuer.
De l'autre, quelques kilomètres plus loin, une autre entreprise ou un particulier cherche exactement ce même matériel.
Le problème est souvent qu'ils ne se trouvent pas.
Imaginez par exemple :
Une entreprise à Lausanne termine un chantier avec 30 m² de dalles en trop.
Un paysagiste à Morges en cherche une vingtaine de mètres carrés.
Sans mise en relation, le premier cherche à se débarrasser de son stock et le second commande du neuf.
C'est précisément ce manque de visibilité locale qui limite encore une partie du réemploi.
Le local a beaucoup plus de sens pour les matériaux de construction
Acheter une petite lampe d'occasion à 150 kilomètres n'est pas forcément un problème.
Déplacer une palette de carrelage, des pavés, une fenêtre ou une machine de chantier sur cette distance est une autre histoire.
Le poids, l'encombrement et le coût du transport changent complètement la logique.
Pour les matériaux de construction, une recherche par proximité est donc particulièrement intéressante.
Un lot situé à Lausanne, Vevey, Fribourg, Genève, Neuchâtel, Yverdon, Sion ou Martigny peut avoir beaucoup plus de valeur pour un acheteur voisin qu'un produit légèrement moins cher situé à l'autre bout de la Suisse.
C'est aussi pour cette raison que le réemploi fonctionne particulièrement bien à une échelle régionale.
Et pour les entreprises, quel est l'intérêt ?
L'argument écologique est évident, mais ce n'est pas forcément celui qui fera changer les habitudes à lui seul.
Pour une entreprise, le réemploi peut surtout être une question de bon sens économique.
Un surplus de chantier représente :
du matériel déjà payé, de la place occupée dans un dépôt, du temps de manutention et parfois des frais d'évacuation.
Le revendre permet au contraire de récupérer une partie de sa valeur.
Pour l'acheteur, le raisonnement est tout aussi simple : trouver un matériau disponible localement peut permettre de payer moins cher et parfois de l'obtenir plus rapidement qu'une nouvelle commande.
Ce n'est donc pas uniquement de « l'écologie ».
C'est aussi éviter de perdre de l'argent des deux côtés.
Quels matériaux peuvent être réemployés ?
Beaucoup plus qu'on ne le pense.
Sur ProMatEco, l'idée est justement de ne pas limiter le réemploi à quelques matériaux particuliers.
On peut notamment retrouver :
bois et panneaux ;
portes et fenêtres ;
carrelage et revêtements de sol ;
équipements sanitaires ;
matériel électrique et éclairage ;
chauffage et ventilation ;
isolation ;
pierre, pavés et dalles ;
métal et serrurerie ;
équipements de jardin ;
outillage et machines ;
matériel de chantier ;
mobilier et équipements professionnels.
Et parfois, l'article le plus intéressant est justement celui qui ne rentre dans aucune catégorie classique.
Le réemploi ne remplacera pas le neuf
Il faut aussi rester réaliste.
Tous les matériaux ne peuvent pas être réutilisés.
Certains produits doivent répondre à des normes précises. Certains éléments sont trop abîmés. D'autres ne correspondent simplement pas aux dimensions ou aux besoins d'un nouveau chantier.
Le but n'est donc pas de construire exclusivement avec du matériel de seconde main.
L'idée est beaucoup plus simple :
avant de jeter ou de commander du neuf, vérifier si une solution existe déjà à proximité.
Si cette habitude devenait systématique, une quantité importante de matériaux pourrait retrouver une seconde utilisation.
Une nouvelle habitude à prendre sur les chantiers romands
Le réflexe pourrait finalement devenir aussi simple que cela :
À la fin d'un chantier, au lieu de demander uniquement :
« Qu'est-ce qu'on jette ? »
se demander également :
« Qu'est-ce que quelqu'un pourrait encore utiliser ? »
C'est probablement à ce niveau que l'économie circulaire devient réellement concrète.
Pas dans de grands discours.
Mais lorsqu'un lot de carrelage à Martigny, une machine à Lausanne ou quelques panneaux à Fribourg trouvent un nouvel utilisateur au lieu de terminer au rebut.
C'est exactement l'objectif de ProMatEco : faciliter la rencontre entre ceux qui ont du matériel disponible et ceux qui en cherchent, en privilégiant une logique locale en Suisse romande.





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